Suez et Veolia, une longue histoire d'eau et de rivalité

AFP

16/09/2020 | 962 mots | ENERGIE RECRUTE | PÉTROLE, GAZ, CHARBON

Pionniers de la gestion de l'eau, Veolia et Suez construisent en parallèle depuis 150 ans une histoire unique au monde, qui les a poussés plus d'une fois à envisager le mariage.

La fusion est de nouveau à l'ordre du jour depuis que Veolia a proposé à Engie de racheter ses 29,9% de parts dans Suez, pour 2,9 milliards d'euros, avant de lancer une OPA sur le reste des actions. Mais Suez veut défendre son indépendance et met en avant sa "spécificité".

Poussées avec l'essor des villes, l'ex-Compagnie générale des eaux (CGE), créée par décret impérial en 1853, et l'ex-Lyonnaise des Eaux, née en 1880, sont des produits de la Révolution industrielle.

Pour garantir l'hygiène et la santé des populations, les agglomérations se dotent alors de réseaux d'eau potable et d'assainissement. Naît un système inédit: la gestion de l'eau déléguée à une entreprise privée.

Une exception française qui perdure. "Mondialement, la gestion de l'eau et l'assainissement sont publics, à 90%. Même aux Etats-Unis. En Belgique, en Suisse, en Allemagne, c'est 100%", relève Christophe Lime, du réseau de collectivités France Eau Publique.

Au 20e siècle, leur activité s'étend aux déchets. Ces secteurs échappant aux nationalisations d'après-guerre, les deux groupes profitent du boom des besoins et de la croissance. Ils développent des solutions, s'internationalisent, deviennent les leaders mondiaux des "services à l'environnement".

Là aussi c'est "unique au monde", note Nicolas Mazzucchi, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique: "Les autres pays ont toujours considéré ça comme des questions locales". Très vite ces deux entreprises "ont eu une vision globale, qui consiste à penser eau, environnement, déchets ensemble", dit l'économiste.

Adduction, traitement, collecte, recyclage, elles investissent toute la chaîne, développent les services: économie circulaire, déchets toxiques...

Pour elles, "l'environnement est un bien commun; il peut être aussi un endroit de profits et de développement industriel et technologique, avec l'idée qu'on le fait progresser", analyse-t-il.

- (In)compatibilité ? -

Les tentatives d'union n'ont pas manqué.

En 2006, l'électricien italien Enel tente avec Veolia un raid sur Suez. L'Etat, opposé à l'entrée d'un groupe étranger, monte une fusion avec l'opérateur public Gaz de France. Ce sera GDF Suez (futur Engie), et l'entrée en Bourse de Suez Environnement.

Des années avant, la CGE, spécialiste des délégations de services publics, s'était diversifiée dans les transports, la construction, les médias, puis rebaptisée Vivendi, présidée par Jean-Marie Messier. Vivendi Environnement, introduit en Bourse en 2000, devient Veolia six ans plus tard.

Nouvel essai de "rapprochement amical" en 2012. Là, Suez fait le premier pas, explique aujourd'hui son ex-DG Jean-Louis Chaussade.

Mais "j'ai décidé de refermer ce dossier" face au non prévisible des autorités de la concurrence, a-t-il raconté aux Echos, pour mieux dire son opposition au projet actuel: "il aurait fallu vendre des actifs, mutiler des équipes, priver des clients de nos services".

Pour contourner l'obstacle, Veolia compte céder les activités Eau de Suez en France au fonds Meridiam, assurant que l'emploi serait préservé.

Casus belli pour Suez, premier fournisseur d'eau privé dans le monde, dont c'est le "métier-phare".

Le PDG de Veolia Antoine Frérot, qui veut créer "un super champion", invoque une proximité culturelle entre les deux entités. "On se connaît depuis plus de 100 ans. Elles ont construit ce savoir-français côte à côte, en s'observant".

Pour Nicolas Mazzucchi, "leurs cultures se sont forgées dans l'opposition l'une de l'autre. La concurrence est profonde", dit-il, redoutant l'impact d'une fusion sur "la saine émulation".

Les enjeux ne manquent pas. Sur fond de crise environnementale, Veolia et Suez ont présenté à quelques mois d'intervalle leur stratégie, visant à étoffer des services à haute valeur ajoutée, par exemple dans l'efficacité énergétique pour l'un ou le numérique pour l'autre. La clientèle industrielle et l'international prennent une part croissante.

Depuis les années 2000, pour des raisons politiques et économiques, de nombreuses villes en France ont repris une gestion directe de l'eau. Aujourd'hui, environ la moitié des Français sont servis par des régies publiques, selon Christophe Lime, par ailleurs vice-président en charge de la gestion de l'eau au Grand Besançon. L'élu PCF regarde avec attention ce coup de "Monopoly" entre grands groupes. "L'histoire de ces deux entreprises, c'est aussi notre histoire", dit-il.

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